“Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.” (Marcel Proust, extrait de “Du côté de chez Swann“)
Et bien ca marche aussi avec la musique, essayez… ici… ou la… ou encore la… Merci les Rita Mitsouko, bien triste nouvelle… mais ces quelques notes, re-ecoutees apres tant d’annees, m’ont fait voyager vers “cet état inconnu, qui n’apporte aucune preuve logique, mais l’évidence de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissent…“
Cet etat ou l’on avait douze ans a peine…
